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Télétravail et santé mentale : Un constat préoccupant

Après deux mois de télétravail, en confinement, la moitié des français déclarent être en souffrance psychologique. Comment cela s’explique-t-il ?

Avant la pandémie, de plus en plus d’entreprises encourageaient le télétravail afin de faire des économies sur les locaux et les dépenses courantes. Pour les salariés, cela peut également être bénéfique. Cela leur permet une économie de temps passé dans les transports et une meilleure gestion de la balance vie professionnelle et vie privée. Il s’agissait donc d’un choix conscient et réfléchi, pour lesquels tous les outils étaient mis en place.

A l’heure du confinement, que se passe-t-il alors que le télétravail, instauré dans l’urgence, est subi ? Par message, certain.e.s d’entre vous nous ont raconté la manière dont elles et ils vivent cette situation. Les témoignages ont été anonymisés. Merci à vous.

 

Afin de poser des bases concrètes, commençons par les résultats d’une étude de Opinion Way, commandée par le cabinet conseil Empreinte Humaine, spécialisé dans le bien-être au travail. Après avoir interrogé 2000 salariés en télétravail le résultat est sans appel : “La santé psychologique des salariés français est largement atteinte après plusieurs semaines de confinement”.

Les résultats du sondage, réalisé après les trois premières semaines de confinement, montrent que 44 % des salariés français interrogés se sentent en situation de "détresse psychologique". Un quart d’entre eux présentent un risque de dépression nécessitant un traitement. De plus, 25% des participants à l'étude constatent une dégradation de leur motivation professionnelle.
télétravail santé mentale
©Sarah Pflug

Un manque de préparation

Pour la plupart des employés et des managers il a fallu improviser. Malheureusement, tout le monde ne dispose pas du même espace pour travailler, du bon matériel et des connaissances adéquates pour travailler dans de bonnes conditions.

Pour certains métiers, le télétravail est tout simplement très peu adapté et cela provoque de la frustration. Elles et ils ont dû réinventer leur emploi et apprendre sur le tas :

“Nous continuons en télétravail et nous faisons le lien avec les familles, les élèves et les établissements. Concernant la continuité pédagogique, le décrochage scolaire, le mal-être. Pour ma part j’ai aussi continué mes interventions en classe sur les stéréotypes liés au genre et à la sexualité via l’instagram du lycée en live avec les élèves. La difficulté majeure est que les élèves décrocheurs le sont encore plus, car il n’y a pas les moyens pédagogiques et numériques suffisant. Et ne pas être en contact direct avec les élèves ou leur famille empêche d’avoir une évaluation fine de leur situation”

Sophie, assistante sociale dans un lycée

“Je travaillais énormément pour essayer de trouver des supports, faire l’école par visio, apprendre à corriger sur des logiciels, utiliser des plateformes pour donner des devoirs. Faire des tutoriels pour que les élèves puissent également apprendre à récupérer et renvoyer les devoirs… appeler les parents qui ne répondent pas, aider ceux qui en ont besoin. Zéro vie privée et total boulot le premier mois…

Alice, institutrice

télétravail et santé mentale
© Samantha Hurley

Télétravail et inégalités

L’entourage a aussi une très grande influence puisque l’étude montre que les troubles anxieux et dépressifs sévères sont plus présents chez les personnes confinées en couple (20% contre 18% pour celles confinées seules) ou avec un enfant. 

Les femmes sont encore plus touchées par ces troubles qui vont de l’insomnie, de la perte d’appétit, de l’épuisement à la dépression.

En effet, les femmes en couples avec des hommes sont d’autant plus impactées qu’elles doivent concilier leur emploi avec la charge domestique encore inégalement répartie. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, le confinement n’aide en rien à établir une balance dans la plupart des couples. De ce fait, 22 % des femmes sondées disent être proche du burn-out contre 14% des hommes qui évoquent un épuisement professionnel intense.   

Même confiné.e seul.e, la vie professionnelle empiète facilement sur la vie privée. Au sein des équipes, tout le monde n’a pas le même rythme et bien souvent, l’ordinateur reste connecté du matin au soir. Il est donc difficile de faire des vraies coupures

De plus, la moitié des salariés ne vivent pas dans un lieu adapté au télétravail. 60 % des personnes interrogées sont obligées de travailler dans leur salon. Seulement 45 % des salariés, selon cette étude, peuvent s’isoler pour télétravailler. 

Une charge de travail trop importante

Malgré le bouleversement que provoque le confinement, la charge de travail reste inchangée pour beaucoup de salarié.e.s, si ce n’est plus conséquente. Le défi des managers est donc de garder le lien avec leurs équipes et de réussir à maintenir des horaires de travail corrects. 

Je le vis hyper mal. De ne pas avoir de “coupure”, de lieu, c’est très pesant. Je suis en chômage partiel et complètement sous l’eau. Dur de communiquer par mail et zoom, ce n’est pas fluide.

Gérer mes projets, plus aider une collègue sur les siens, c’est impossible de tout faire ! Au niveau de mes horaires c’est le contraire, interdiction de regarder mes mails après 17h. Je suis surveillée, donc c’est hyper frustrant parce que j’ai peu d’heures pour bien faire les choses.”

Lucie, chargée d’actions culturelles

La crise économique aidant, beaucoup d’entreprises ne s’alarment pas du nombre d’heures supplémentaires que font leurs salariés. Ils sont d’ailleurs nombreux à avoir dû poser leurs congés tout en sachant qu’ils devraient en réalité travailler afin de mener à bien leurs missions. 

“Au début du confinement tous les managers ont eu la pression pour réduire les coûts et donc réduire les heures de leur équipe. Ma responsable en parallèle, a eu un meeting avec son chef pour parler de ses objectifs. Elle nous a dit que ” durant les jours non travaillés (au sens large, congés ou rtt ou chômage partiel) il faudra quand même travailler au vu des résultats que nous devrons atteindre.” Finalement, comme j’ai refusé de travailler durant mes congés, je suis en chômage partiel, je ne travaille que deux jours par semaines. C’est très difficile de rester motivée dans ces conditions.”

Camille, ingénieure en recherche et développement

Comme Camille, 11,3 millions de salariés sont en chômage partiel d’après la ministre du travail, Muriel Pénicaud. Entre baisse de motivation et charge de travail inadaptée, cette situation est souvent difficile à gérer.

J’ai perdu très peu d’argent mais j’ai l’impression d’avoir été mise sur la touche alors que les premières semaines j’étais à fond pour aider la gestion de la crise. Cela me démotive pour la suite avec cette entreprise…”

Joëlle, responsable recrutement

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Culture digitale, communication et adaptation

Si la moitié des salariés vivent particulièrement mal ce télétravail imposé, l’autre moitié en est satisfaite. Quels sont leurs secrets, quels sont leurs réseaux ? Nous leur laissons la parole.

“Je suis en télétravail depuis le tout début du confinement, je bosse dans une boîte jeune et tech qui a une culture digitale très forte et des possibilités de télétravail facilitées en temps normal. La transition s’est donc faite sans mal. Habituellement je suis en province alors que toute mon équipe est à Paris donc la communication à distance on connait via Slack surtout. 

La charge est de stable à légèrement plus forte mais c’est dû à notre secteur. Les employés des services hors supply chain chez nous, vont surement être incités à poursuivre le télétravail  le plus longtemps possible pour ne pas peupler notre site de prod/shipping inutilement.”

Aurore, chargée de projet e-commerce

“Comme je suis père et mari, oui c’est une période agréable ! Et des projets ont pu naître dans ma tête durant cette période !”

Valentin, coach sportif

“Personnellement, je préfère être en télétravail, je me rends compte que je travaille beaucoup plus efficacement en gérant mon temps.” 

Flora, commerciale

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Si le télétravail ne convient pas à toutes les personnalités et à tous les modes de vie, il peut tout de même être facilité par les entreprises en adaptant la charge de travail à cette situation inédite. Sans pause café ou déjeuner entre collègues, il peut être difficile de ne pas se laisser happer par son emploi. Pourtant, comme nous l’avons vu, cela a déjà de lourdes conséquences après quelques semaines, bien au-delà d’une simple baisse de morale. 

Nous le savons, le télétravail sera maintenu dans beaucoup d’entreprises, encore plusieurs mois. Il est donc primordial que les employeurs s’adaptent à cette nouvelle réalité et que vous puissiez préserver votre santé.

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Et vous comment vivez-vous cette nouveau mode de travail ? Racontez-nous en commentaire !

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  1. Bravo pour cet article très intéressant et qui pose bien le problème. J’ai moi-même teletravaillé pendant 15 ans et cela m’a très bien convenu. Puis plus tard, en tant que coach personnel et professionnel, j’ai accompagné des jeunes entrepreneurs qui avaient installé leur bureau à leur domicile. Le secret de la reussite du télétravail tient dans la réalisation préalable de plusieurs conditions : se préparer mentalement, bien se connaître, avoir un espace dédié, en cas de travail salarié avoir la confiance de son manager, s’imposer des limites et un cadre de travail, faire une séparation entre travail et vie personnelle (même symbolique) respecter des horaires, se ménager des temps de rencontres (téléphone/vidéo conférence) avec ses collègues…

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      Talenty rédaction says:

      Bonjour, merci pour ton commentaire ! Le télétravail avec toutes ces conditions réunies a énormément d’avantages. Nous espérons que même lorsque la pandémie sera derrière nous, les personnes qui le souhaitent pourront continuer de télétravailler et que les entreprises s’organiseront pour le rendre le plus confortable possible.

  2. Ces chiffres sont vraiment alarmants ! Moi je dis oui au télétravail mais non au télétravail en confinement, qui ne peut pas forcément être fait dans des conditions appropriées….

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      Talenty rédaction says:

      Hello Ana, effectivement le télétravail sans les conditions nécessaires, préalablement mises en place, peut avoir des effets destructeurs. Cela sera sans doute plus gérable les prochains mois. Dans tous les cas c’est important qu’une étude ai été menée car les chiffres font froid dans le dos. Espérons une réaction des dirigeants d’entreprise.

  3. Hello, moi qui suis freelance je n’ai pas changé mes habitudes mais mon mari est confiné depuis le début et pour encore un moment. Nous avons un bureau que nous partageons donc ça nous a demandé une petite organisation car nous faisons tous les deux des visios ou call.
    J’ai aussi découvert une partie de son travail et de ces responsabilités, il est dans un domaine assez précis et il a pris de nouvelles fonctions juste avant le confinement. De notre côté on vit bien cette situation, selon les rythmes pendant que l’un fait un call l’autre fait du sport ou prépare le déjeuner.
    Il va surement rester quelques mois de plus en télétravail et cela ne posera pas de soucis.

    De mon côté étant habituée des coworks et sessions de travail dans les cafés cet aspect me manque. Mais quand cela sera possible je reprendrais les sessions en extérieur.

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      Talenty rédaction says:

      Bonjour Elise, c’est vrai que cela permet de mieux comprendre le travail des personnes avec qui nous partageons notre foyer et donc mieux les comprendre tout court. 🙂 C’est effectivement très agréable de retrouver les espaces de coworking, pour les cafés nous devrons encore attendre. Pour les freelances le changement a été moins brutale et nous pensons que vous auriez beaucoup de choses à apprendre aux salarié.e.s qui débutent en télétravail.

  4. Je pense que le mélange confinement + télétravail n’a peut être pas été bénéfique pour tout le monde, ça fait peut-être beaucoup d’un seul coup… Mais personnellement, n’ayant jamais été en télétravail auparavant, j’ai vraiment aimé l’expérience, qui me permet des horaires beaucoup plus flexibles, et une organisation différente (avec en moins les longs trajets en voiture, les dépenses en essence, de devoir s’acheter à manger le midi, etc). Ma vision des choses est aussi certainement différente, du fait de ne pas avoir d’enfant… Merci pour cet article !

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      Talenty rédaction says:

      Bonjour Erika, merci pour ton commentaire ! Oui le télétravail a définitivement du bon lorsqu’il est effectué dans de bonnes conditions. Du coup nous espérons que cela pourra devenir ton nouveau quotidien au moins quelques jours par semaines 🙂

  5. Ce n’est pas évident de gérer son temps, son organisation et de le vivre psychologiquement. J’ai une amie qui m’a dit, je comprends mieux maintenant ce que tu vies. Et oui , c’est tout un process à mettre en place. Déjà sans être confiné ce n’est pas évident mais là je comprends que certaines personnes l’ont mal vécu.

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      Talenty rédaction says:

      Exactement Yasmine ! Au moins cela aura permis a une grande partie de la population de mieux comprendre les freelances. Bonne journée 🙂

  6. Je n’ai jamais rien connu d’autre que le télétravail vu que je suis freelance… mais je te rejoins, c’est hyper dur de faire une coupure et de ne pas être en train de “checker des mails, répondre vite fait” y compris le week end. On a quand même cette pression d’être toujours connecté au travail et de devoir être réactif.

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      Talenty rédaction says:

      Hello Lucy, oui complètement. C’est très difficile de faire une réelle séparation entre le travail et la vie privée. Peut-être aussi que parfois, nous nous mettons la pression en pensant que cela serait mal vu de répondre plus tard alors que cela pourrait ne pas avoir un si grand impact.

  7. Très intéressant cet article qui détaille bien le sujet ! Personnellement, j’ai très bien vécu cette période de télétravail et j’étais plutôt heureuse qu’on nous annonce que ça serait la règle générale jusqu’à fin aout. Après effectivement, ça demande un peu d’adaptation quand on est deux dans un petit appartement parisien et on n’a pas d’enfants à gérer en même temps donc ça simplifie aussi beaucoup le quotidien. J’adore personnellement passer mon déjeuner avec mon chéri et je me permet même régulièrement une petite sieste de 20min avant de rattaquer l’après-midi, rien que pour ça je ne veux plus retourner au bureau ^^
    Je pense que l’important c’est d’arriver à faire des coupures nettes surtout. Mon “bureau” étant sur la table à manger, je m’oblige tous les soirs à plier toutes les affaires pour faire une véritable déconnexion et retrouver un espace convivial, je pense que ça aide bien aussi 🙂

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      Talenty rédaction says:

      Bonjour Miléna, merci ! Oui avec de bonnes conditions, le télétravail peut être vraiment plaisant. Nous espérons que vous pourrez continuer à l’être quelques jours par semaine même lorsque la crise du COVID sera derrière nous 🙂

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